
# Réussir la transition du cododo au lit en toute sérénité
La pratique du cododo, plébiscitée par de nombreux parents pour ses bénéfices sur l’allaitement et le sommeil familial, arrive nécessairement à son terme. Cette étape charnière du développement de votre enfant soulève des interrogations légitimes : comment préserver la qualité du sommeil tout en favorisant l’autonomie ? Selon les données de l’OMS, près de 65% des familles pratiquent le cododo durant les premiers mois, mais seulement 30% parviennent à effectuer une transition sereine avant les 12 mois de l’enfant. Cette période sensible nécessite une approche méthodique, respectueuse du rythme développemental et des besoins affectifs de chacun. Les neurosciences du sommeil infantile et les recherches en psychologie de l’attachement offrent aujourd’hui des protocoles éprouvés pour accompagner ce passage vers l’indépendance nocturne.
Identifier le moment optimal pour la transition selon l’âge développemental de l’enfant
Le choix du moment pour initier la transition constitue un facteur déterminant dans la réussite du processus. Contrairement aux idées reçues, il n’existe pas d’âge universel idéal, mais plutôt une fenêtre développementale propice entre 6 et 18 mois. Cette période correspond à des acquisitions neurophysiologiques majeures qui facilitent l’adaptation aux changements environnementaux nocturnes.
Les marqueurs neurodéveloppementaux entre 6 et 18 mois
Entre 6 et 9 mois, le cerveau de l’enfant connaît une maturation significative du cortex préfrontal, structure impliquée dans la régulation émotionnelle. Cette évolution se manifeste par une capacité accrue à s’auto-apaiser durant de brèves périodes d’éveil nocturne. Les pédiatres observent également une consolidation des cycles de sommeil, passant de 50 minutes chez le nouveau-né à 90 minutes vers 8-9 mois, se rapprochant progressivement du rythme adulte. Vers 12 mois, l’enfant développe la permanence de l’objet, concept piagétien fondamental qui lui permet de comprendre que ses parents continuent d’exister même hors de son champ visuel. Cette acquisition cognitive réduit considérablement l’anxiété de séparation nocturne et constitue un marqueur favorable pour envisager la transition.
L’autonomie nocturne et les cycles de sommeil paradoxal
L’architecture du sommeil infantile évolue constamment durant la première année. Les phases de sommeil paradoxal, initialement prédominantes (50% du temps de sommeil total chez le nouveau-né), diminuent progressivement pour atteindre 25-30% vers 12 mois. Cette modification s’accompagne d’une augmentation du sommeil lent profond, phase durant laquelle les réveils sont moins fréquents. Un enfant qui enchaîne naturellement 2 à 3 cycles sans réclamer systématiquement l’intervention parentale démontre une maturité neurophysiologique favorable à la transition. Les spécialistes du sommeil recommandent d’observer ces patterns pendant 2 à 3 semaines avant d’initier tout changement, afin de distinguer une capacité stable d’une période temporairement favorable.
Les signes de régression du sommeil et fenêtres d’opportunité
Les régressions du sommeil, survenant typiquement à 4, 8-9, 12 et 18 mois, correspondent à des poussées développementales majeures. Paradoxalement, la
les périodes de régression sont souvent les pires moments pour enclencher un changement majeur comme la fin du cododo. Le cerveau de l’enfant est alors en pleine réorganisation, ce qui fragilise ses repères nocturnes. Mieux vaut considérer ces phases comme des turbulences passagères et attendre un retour à un sommeil plus stable sur 10 à 15 jours avant de proposer un nouveau cadre. À l’inverse, une phase où l’endormissement est plus facile, où les réveils nocturnes diminuent et où l’enfant accepte aisément les séparations de jour (crèche, nounou, grands-parents) représente une véritable fenêtre d’opportunité pour amorcer la transition sans surcharger son système émotionnel.
Le rôle de l’attachement sécure dans la préparation au changement
Les travaux de Bowlby et d’Ainsworth ont largement démontré que l’attachement sécure favorise l’exploration et la capacité de l’enfant à tolérer la séparation. Concrètement, un bambin qui a l’habitude que ses signaux soient entendus, que ses pleurs reçoivent une réponse cohérente et prévisible, se sent globalement plus en sécurité pour s’endormir seul. La préparation à la fin du cododo passe donc d’abord par la qualité de la relation au quotidien : temps d’attention exclusive, câlins gratuits, verbalisation des émotions, et cohérence des réponses parentales.
On peut voir le lien d’attachement comme un « réservoir de sécurité intérieure » : plus il est rempli dans la journée, plus l’enfant dispose de ressources pour supporter la mise à distance la nuit. Avant de déplacer bébé dans son lit ou sa chambre, il est pertinent d’augmenter temporairement les moments de proximité bienveillante (jeux partagés, portage, lecture, peau à peau) pour consolider ce socle. Expliquer avec des mots simples ce qui va changer, même à un bébé de 8 ou 9 mois, participe également à son sentiment de prévisibilité : « Ce soir, tu dormiras dans ton lit, et papa/maman sera juste à côté si tu as besoin. »
Aménager un environnement de sommeil autonome conforme aux recommandations pédiatriques
Une fois le bon timing identifié, la réussite de la transition du cododo au lit repose sur la qualité de l’environnement de sommeil. Il ne s’agit pas seulement de déplacer un matelas, mais de créer un véritable « cocon autonome » qui respecte les recommandations pédiatriques en matière de sécurité, de température, de lumière et de qualité des matériaux. Un cadre bien pensé compense en partie la distance physique avec les parents et facilite l’endormissement dans le nouveau lit.
Les normes de sécurité des lits à barreaux et lits montessori
Pour un lit à barreaux, les normes européennes actuelles (EN 716) imposent un espacement des barreaux compris entre 4,5 et 6,5 cm pour éviter tout risque de coincement de la tête ou des membres. La hauteur des côtés doit être suffisante pour empêcher les chutes, tout en permettant aux parents de coucher l’enfant sans se pencher exagérément. Le matelas doit être parfaitement ajusté, sans espace supérieur à deux doigts entre le matelas et les montants, afin d’éviter que bébé ne se coince. Il est recommandé d’opter pour un matelas ferme, d’une épaisseur de 8 à 12 cm, spécifiquement conçu pour les nourrissons.
Les lits au sol de type Montessori, très prisés après le cododo, répondent à une autre logique : ils permettent à l’enfant de monter et descendre seul, favorisant son autonomie. Cependant, pour qu’ils soient sécuritaires, la chambre doit être intégralement « childproof » : meubles fixés au mur, absence de cordons accessibles, prises protégées, et aucun objet petit ou tranchant à portée. Pour limiter les chutes nocturnes au début, on peut placer un tapis épais ou un matelas fin au sol, le temps que l’enfant apprenne à gérer cet espace. Que vous choisissiez un lit à barreaux ou un lit Montessori, l’important reste la constance : éviter de changer de type de lit tous les deux mois, afin de ne pas multiplier les repères à intégrer.
La température idéale et l’hygrométrie pour un sommeil réparateur
Les sociétés savantes de pédiatrie recommandent une température de chambre située entre 18 et 20°C pour réduire le risque de mort inattendue du nourrisson et favoriser un sommeil profond. Une pièce surchauffée, surtout après un cododo très enveloppant, peut entraîner des micro-réveils fréquents et une irritabilité nocturne. À l’inverse, une température trop basse incite les parents à trop couvrir l’enfant, augmentant le risque d’hyperthermie s’il transpire. L’idéal est d’ajuster le linge de nuit (gigoteuse plus ou moins chaude) plutôt que d’augmenter le chauffage.
L’hygrométrie (taux d’humidité de l’air) joue également un rôle dans la qualité du sommeil autonome. Un air trop sec (moins de 40%) irrite les muqueuses nasales et peut accentuer les réveils chez les enfants sujets aux rhinites ou aux bronchiolites. Un taux compris entre 40 et 60% est généralement optimal. Un simple hygromètre permet de surveiller ce paramètre, et l’aération quotidienne de la chambre pendant 10 à 15 minutes reste un réflexe indispensable. On peut voir la chambre comme un « laboratoire de sommeil » : une atmosphère tempérée, aérée et légèrement fraîche constitue le terrain de base pour une bonne nuit.
L’éclairage circadien et les veilleuses à lumière rouge
Le passage du cododo au lit autonome s’accompagne souvent d’un changement de perception lumineuse pour l’enfant. Jusque-là, il profitait indirectement de votre propre rythme : extinction tardive, lumière tamisée dans la chambre parentale, parfois la lumière du couloir. Or, la sécrétion de mélatonine, l’hormone du sommeil, est très sensible au spectre lumineux bleu-blanc, émis par de nombreuses ampoules LED et écrans. Pour favoriser l’endormissement, il est recommandé de limiter les sources de lumière vive dans l’heure qui précède le coucher et de choisir une veilleuse à lumière ambrée ou rouge, beaucoup moins inhibitrice pour la mélatonine.
On peut comparer la lumière nocturne à un « langage silencieux » envoyé au cerveau de l’enfant : une chambre trop éclairée dit « il fait jour, reste éveillé », alors qu’une pièce sombre avec une veilleuse douce envoie le message inverse. Une veilleuse à lumière rouge, positionnée hors du champ visuel direct, permet de rassurer l’enfant sans perturber son horloge biologique. Évitez de multiplier les sources lumineuses (jouets lumineux, guirlandes LED) qui transforment la chambre en terrain de jeu permanent ; la lumière doit être associée au calme, non à la stimulation.
La réduction des perturbateurs endocriniens dans la literie
Au moment où l’enfant passe davantage de temps seul dans son lit, la question de la qualité des matériaux prend encore plus de sens. Certaines mousses, colles ou traitements textiles peuvent émettre des composés organiques volatils (COV) ou contenir des perturbateurs endocriniens suspectés d’effets à long terme sur la santé. Sans tomber dans l’angoisse, il est possible de réduire cette exposition en privilégiant des matelas certifiés (par exemple OEKO-TEX Standard 100, CertiPUR pour les mousses) et des housses sans traitement biocide inutile. L’aération systématique du matelas neuf pendant plusieurs jours avant utilisation limite également les émissions initiales.
Le linge de lit mérite la même attention : draps en coton lavés avant première utilisation, absence de parfums ajoutés, et pas d’adoucissants fortement parfumés qui chargent l’air de composés irritants. Rappelez-vous que bébé passe entre 10 et 14 heures par jour dans cet environnement : réduire la charge chimique de sa literie revient un peu à « alléger le bruit de fond » auquel son organisme doit faire face, et peut contribuer, à moyen terme, à un sommeil plus stable et à moins de gênes respiratoires nocturnes.
Protocoles de transition progressive adaptés au tempérament de l’enfant
Tous les enfants ne vivent pas la fin du cododo de la même manière. Certains, très flexibles, acceptent un changement rapide en quelques nuits, quand d’autres, plus sensibles, nécessitent un accompagnement structuré sur plusieurs semaines. Plutôt que de chercher une méthode miracle universelle, il est plus pertinent de choisir un protocole de transition du cododo au lit seul adapté au tempérament de votre enfant (facile, prudent, intense) et à vos propres limites de fatigue.
La méthode du fading graduel sur 3 à 6 semaines
Le fading graduel consiste à réduire progressivement votre présence et votre implication dans l’endormissement, un peu comme on baisse doucement le volume d’une musique pour éviter un silence brutal. Les premières nuits, vous reproduisez exactement la routine du cododo (tétée, câlin, chanson), mais dans le lit autonome, en restant très proche, assis à côté du lit, voire en tenant la main de l’enfant jusqu’à l’endormissement. Tous les 3 à 5 jours, vous diminuez un élément de cette aide : moins de contacts physiques, moins de bercements, puis une présence plus distante dans la pièce.
Sur 3 à 6 semaines, l’objectif est de passer d’un endormissement « porté » à un endormissement essentiellement autonome, sans jamais laisser l’enfant en détresse prolongée. Le fading graduel s’adresse particulièrement aux enfants sensibles, allaités, ou ayant un fort besoin de proximité. Il demande de la constance : changer de stratégie tous les deux jours risque de brouiller les repères. Pour tenir sur la durée, beaucoup de parents planifient cette période en amont, en évitant de la caler sur un retour au travail, un déménagement ou une autre grande transition.
L’approche pick-up-put-down de tracy hogg
Popularisée par Tracy Hogg, la méthode pick-up-put-down (PUPD) propose un compromis entre accompagnement rapproché et apprentissage de l’auto-apaisement. Le principe : vous couchez votre enfant éveillé mais calme dans son lit. S’il pleure de façon manifeste et ne parvient pas à s’apaiser, vous le prenez dans vos bras (pick-up) pour le rassurer, sans jouer ni stimuler, puis vous le reposez (put-down) dès que ses pleurs diminuent. L’idée est de lui montrer que son lit reste le lieu d’endormissement principal, tout en lui garantissant que vous répondrez à ses émotions.
Cette approche peut être particulièrement pertinente après une période de cododo, car elle préserve un haut niveau de réassurance sans revenir au sommeil partagé. Elle exige cependant une bonne lecture des signaux de l’enfant pour ne pas le relever à chaque gémissement léger (qui peut faire partie d’un cycle de sommeil normal). Les premières nuits peuvent être intenses, avec de nombreux allers-retours, mais la plupart des familles constatent une amélioration en une à deux semaines si la méthode est appliquée de façon cohérente, toujours sans laisser le bébé pleurer de manière prolongée et inconsolable.
Le camping-out progressif et distanciation parentale
Le camping-out consiste à rester dans la chambre de l’enfant pendant qu’il s’endort, puis à augmenter progressivement la distance entre vous et son lit. Les premiers soirs, vous pouvez vous asseoir juste à côté du lit, éventuellement en posant la main sur son dos ou son ventre. Puis, tous les quelques jours, vous reculez votre chaise : d’abord à un mètre, puis près de la porte, puis dans le couloir avec la porte entrouverte. Vous maintenez une présence vocale rassurante (« Je suis là, tu peux dormir tranquille »), ce qui permet à l’enfant d’intégrer peu à peu que votre présence n’implique pas forcément un contact physique constant.
Cette méthode est souvent bien adaptée aux enfants anxieux ou à hauts besoins, pour qui une séparation trop abrupte serait vécue comme une rupture. Elle demande toutefois une certaine disponibilité en début de soirée : rester dans la chambre 20 à 40 minutes peut sembler chronophage, mais il s’agit d’un investissement sur quelques semaines pour gagner, à terme, des soirées plus libres et un enfant plus confiant dans sa capacité à s’endormir seul. Comme pour une randonnée, vous l’accompagnez sur les premiers mètres du chemin, puis vous le laissez marcher devant, tout en restant dans son champ de vision.
Les rituels de coucher structurés selon la chronobiologie
Quel que soit le protocole choisi, la qualité du rituel du coucher reste l’un des leviers les plus puissants pour réussir la transition du cododo au lit autonome. Les chronobiologistes recommandent un enchaînement prévisible d’activités calmes, toujours dans le même ordre, sur une durée d’environ 20 à 30 minutes. Par exemple : bain tiède (non systématique), pyjama et gigoteuse, lumière tamisée, histoire courte, chanson douce, câlin, puis coucher. Répété soir après soir, ce scénario devient un signal temporel fort pour l’horloge interne de l’enfant.
On peut comparer le rituel à une « piste d’atterrissage » pour le cerveau : sans cette descente progressive, le passage du jeu intense à l’extinction de la lumière ressemble à un freinage d’urgence. Limiter les écrans au moins une heure avant le coucher, éviter les jeux physiques très stimulants et privilégier les activités sensorielles douces (lecture, massage léger des pieds, bercement lent) renforcent encore l’efficacité du rituel. N’hésitez pas à verbaliser chaque étape : « Maintenant, on met le pyjama, ensuite on lit une histoire, et après c’est dodo dans ton lit. » La répétition de ces phrases crée un cadre prévisible, particulièrement rassurant au moment de quitter le cododo.
Gérer les réveils nocturnes et l’anxiété de séparation
Même avec une préparation minutieuse, la plupart des enfants connaissent une augmentation transitoire des réveils nocturnes lors de la fin du cododo. Leur cerveau teste le nouveau cadre : « Si je pleure, est-ce que papa ou maman viennent toujours ? » L’enjeu n’est pas de supprimer tout réveil (impossible biologiquement), mais d’apprendre à y répondre de manière cohérente, rassurante, sans recréer systématiquement les conditions du cododo initial.
Les techniques d’apaisement autonome sans pleurs prolongés
Lorsque l’enfant se réveille, l’objectif est de l’aider à développer progressivement ses propres stratégies d’auto-apaisement. Cela ne signifie pas le laisser pleurer seul, mais moduler votre intervention pour ne pas faire « à sa place » chaque micro-réveil. Par exemple, on peut marquer une courte pause de 30 à 60 secondes avant d’entrer dans la chambre, le temps de voir s’il se rendort spontanément. S’il continue de pleurer, on commence par une intervention minimale : voix douce depuis la porte, puis caresse, puis prise dans les bras si nécessaire.
Peu à peu, vous pouvez introduire des gestes que l’enfant peut reproduire seul : lui montrer comment caresser son doudou, se tourner sur le côté, se bercer légèrement en bougeant ses jambes. Certaines familles utilisent des techniques de respiration synchronisée : respirer lentement et profondément à côté de l’enfant pour l’aider à caler sa respiration sur la vôtre, puis progressivement le laisser poursuivre seul. Ces approches respectent son intégrité émotionnelle tout en lui transmettant des outils internes, ce qui est fondamental pour éviter une dépendance totale à la présence parentale à chaque éveil.
Le renforcement positif et système de récompenses tangibles
À partir de 2 ans environ, lorsque l’enfant comprend mieux la notion de temps et de conséquence, un système de renforcement positif peut soutenir la motivation à dormir dans son lit. Il ne s’agit pas de « payer » un comportement de sommeil, mais de valoriser les efforts et les petites victoires. Un tableau avec des gommettes ou des autocollants, où l’enfant colle un symbole chaque matin s’il est resté dans son lit une partie ou toute la nuit, peut devenir un puissant levier. Au bout de plusieurs gommettes, une petite récompense non alimentaire (activité en famille, nouveau livre, sortie au parc) peut être proposée.
Ce type de système fonctionne d’autant mieux qu’il est présenté comme un jeu coopératif plutôt qu’une pression : « On va voir ensemble combien de soleils tu vas coller cette semaine ! » Attention cependant à ne pas en faire un enjeu surdimensionné qui ajouterait du stress à l’heure du coucher. Si une nuit est plus difficile, on peut souligner ce qui a malgré tout été réussi (« Tu t’es rendormi tout seul après le premier réveil, c’est déjà super ») et éviter les discours culpabilisants. Le renforcement positif agit alors comme un projecteur braqué sur les progrès, même minimes, plutôt que sur les difficultés.
L’utilisation des objets transitionnels et doudous sensoriels
Lors du passage du cododo au lit seul, l’enfant perd un contact direct avec votre corps, votre odeur, votre chaleur. Les objets transitionnels, conceptualisés par le pédiatre Winnicott, jouent alors un rôle de « pont » entre la présence parentale et l’autonomie. Un doudou, une petite couverture ou un lange porteur de votre odeur peuvent rassurer l’enfant en créant une continuité sensorielle. Il est souvent utile de dormir quelques nuits avec ce doudou avant de le lui proposer, pour qu’il s’imprègne de votre odeur.
Les doudous sensoriels (avec différentes textures, étiquettes à tripoter, zones plus ou moins douces) offrent également une stimulation tactile apaisante, qui peut remplacer en partie les caresses reçues en cododo. Laissez l’enfant choisir lui-même son objet de prédilection, car l’attachement à un objet ne se décrète pas. Veillez uniquement à respecter les recommandations de sécurité : pas d’objets volumineux ou lourds chez les tout-petits, et introduction des doudous dans le lit plutôt après 6-9 mois, en accord avec les recommandations pédiatriques, afin de limiter tout risque d’enfouissement du visage.
Adapter la stratégie en cas de régression ou situations particulières
Malgré un accompagnement soigneux, la trajectoire n’est pas toujours linéaire. Une maladie, une poussée dentaire, un changement de mode de garde ou un événement familial important peuvent entraîner une régression du sommeil et un besoin accru de proximité. Dans ces moments, il est essentiel de garder une vision globale : la transition du cododo au lit n’est pas un examen à réussir du premier coup, mais un processus adaptatif qui peut nécessiter des ajustements.
Les transitions lors de déménagement ou arrivée d’un second enfant
Un déménagement ou l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur représentent des bouleversements majeurs dans la vie d’un jeune enfant. Cumuler ce type d’événement avec la fin du cododo peut surcharger sa capacité d’adaptation. Si possible, mieux vaut espacer les grandes transitions de quelques semaines à quelques mois. Par exemple, après un déménagement, prendre le temps de sécuriser les nouveaux repères (visites de la chambre en journée, jeux sur le lit, siestes sur place) avant d’imposer une séparation nocturne plus marquée.
En cas de naissance prochaine, beaucoup de parents se demandent : « Faut-il arrêter le cododo avant ou après l’arrivée du bébé ? » Lorsque c’est possible, initier la transition plusieurs mois avant la naissance permet d’éviter que l’enfant ne perçoive le changement comme une éviction au profit du nouveau-né. Si le timing ne le permet pas, il peut être plus doux de garder une forme de proximité (lit dans la même chambre, couchers partagés) et d’attendre que la fratrie soit un peu stabilisée pour modifier profondément l’organisation nocturne. L’important est de verbaliser : « Ta chambre de grand t’attend, mais pour l’instant, on prend le temps que tout le monde s’habitue. »
Les protocoles pour enfants à hauts besoins ou BABI
Les bébés aux besoins intenses (souvent appelés BABI), très sensibles aux stimulations, ayant un fort besoin de contact et une grande réactivité émotionnelle, vivent souvent la fin du cododo de manière plus délicate. Avec eux, les méthodes rapides ou trop structurées peuvent générer une escalade de pleurs difficile à contenir. Il est alors préférable de privilégier des protocoles très progressifs, sur plusieurs mois, en combinant plusieurs approches : camping-out, fading très lent, co-présence prolongée au moment de l’endormissement, et acceptation d’éventuels retours au cododo temporaire lors des phases de fatigue intense des parents.
Pour ces enfants, l’objectif n’est pas forcément d’obtenir un sommeil totalement autonome à 12 ou 18 mois, mais plutôt de trouver un équilibre entre leurs besoins de proximité et la santé mentale du reste de la famille. Travailler sur la régulation sensorielle en journée (portage, massages, routines prévisibles, temps calmes) peut également diminuer l’hypervigilance nocturne. En cas de difficultés majeures, l’accompagnement par un professionnel formé au sommeil des tout-petits (pédiatre, psychologue, consultante en sommeil) permet d’adapter finement les stratégies sans recourir à des méthodes de laisser-pleurer non souhaitées.
La gestion des terreurs nocturnes et parasomnies
Les terreurs nocturnes, bruxisme, somnambulisme ou autres parasomnies peuvent émerger entre 2 et 6 ans, parfois en parallèle ou après la fin du cododo. Il est important de distinguer ces phénomènes des simples réveils anxieux : lors d’une terreur nocturne, l’enfant semble réveillé mais reste injoignable, ne reconnaît pas ses parents et le lendemain n’a aucun souvenir de l’épisode. Revenir au cododo dans ces moments n’est généralement pas utile, car l’enfant dort en réalité profondément ; l’essentiel est de sécuriser l’environnement (lit proche du sol, absence d’objets dangereux) et d’attendre que l’épisode passe.
Si ces manifestations surviennent fréquemment, il peut être pertinent de revoir l’hygiène de sommeil globale : horaires trop tardifs, manque de sommeil cumulé, excitations en soirée, ou stress important dans la journée. Dans certains cas, réintroduire provisoirement une proximité accrue au moment du coucher (présence plus longue dans la chambre, rituels apaisants renforcés) peut réduire le niveau d’activation émotionnelle et, indirectement, la fréquence des parasomnies. Un avis médical est recommandé en cas de chutes, de comportements dangereux ou de doute diagnostique, afin de s’assurer qu’aucune pathologie sous-jacente ne vient perturber le sommeil.
Préserver l’équilibre familial et le bien-être parental durant la transition
Au-delà des aspects techniques, réussir la transition du cododo au lit autonome suppose de tenir compte du bien-être des parents eux-mêmes. Un protocole parfait sur le papier mais irréaliste au regard de votre niveau de fatigue ou de vos contraintes professionnelles a peu de chances de tenir dans la durée. Il est donc essentiel de choisir une stratégie qui vous semble à la fois éthique, réaliste et compatible avec votre quotidien.
Se répartir les nuits entre coparents, prévoir des siestes de récupération, accepter de ralentir sur certains projets le temps de la transition peuvent faire une réelle différence. N’oubliez pas que votre propre qualité de sommeil influence directement votre patience, votre capacité d’empathie et de régulation émotionnelle face aux pleurs nocturnes de votre enfant. Demander de l’aide (famille, amis, professionnels) n’est pas un aveu d’échec, mais un investissement dans la santé de toute la famille.
Enfin, gardez en tête que la fin du cododo n’est pas un concours de vitesse. Que votre enfant dorme seul à 8 mois, 18 mois ou 3 ans, l’essentiel est que la transition se fasse dans le respect de ses besoins de sécurité et des vôtres. En vous appuyant sur les connaissances actuelles en neurosciences du sommeil et en psychologie de l’attachement, vous disposez de nombreux leviers pour construire, pas à pas, un sommeil plus autonome et apaisé, sans renoncer à la bienveillance qui a sans doute guidé votre choix du cododo dès les premiers jours.