# Réflexe gastro-colique exagéré chez bébé, comment le gérer ?
Le réflexe gastro-colique représente une réponse physiologique naturelle du système digestif qui se manifeste particulièrement chez les nourrissons. Lorsque l’estomac se remplit de lait maternel ou de préparation infantile, il déclenche automatiquement une série de contractions intestinales favorisant l’évacuation des selles. Ce mécanisme, parfaitement normal chez tous les êtres humains, peut toutefois devenir problématique lorsqu’il s’intensifie de manière excessive chez certains bébés. Les parents observent alors des manifestations cliniques préoccupantes : pleurs intenses après chaque tétée, crampes abdominales visibles, selles explosives et inconfort généralisé qui transforment chaque repas en moment d’angoisse. Comprendre les mécanismes sous-jacents de ce réflexe amplifié permet d’identifier les stratégies d’intervention les plus appropriées pour soulager efficacement votre enfant.
Physiologie du réflexe gastro-colique chez le nourrisson
Mécanisme neurovégétatif et stimulation du nerf vague
Le réflexe gastro-colique s’inscrit dans un système complexe de communication entre l’estomac et le côlon, orchestré principalement par le nerf vague. Cette connexion neuronale transmet des signaux dès que la paroi gastrique se distend sous l’effet du remplissage alimentaire. Le nerf vague, composante essentielle du système nerveux parasympathique, libère alors de l’acétylcholine qui stimule la motilité intestinale. Chez le nourrisson, cette communication nerveuse fonctionne avec une intensité particulière, expliquant pourquoi les selles surviennent si fréquemment pendant ou immédiatement après les repas. La maturation progressive de ce système nerveux autonome se poursuit durant toute la première année de vie, raison pour laquelle le réflexe tend à s’atténuer naturellement avec le temps.
Immaturité du système digestif avant 6 mois
Le tractus gastro-intestinal du nouveau-né présente une immaturité fonctionnelle marquée qui influence directement l’intensité du réflexe gastro-colique. Les sphincters musculaires, notamment le sphincter œsophagien inférieur et les valves iléo-cæcales, ne possèdent pas encore la tonicité optimale observée chez l’adulte. Cette faiblesse structurelle explique en partie pourquoi environ 40% des nourrissons de moins de trois mois manifestent des signes de réflexe gastro-colique exagéré. La muqueuse intestinale elle-même reste perméable, favorisant une absorption rapide mais parfois incomplète des nutriments. Le péristaltisme intestinal, ces ondes de contractions musculaires propulsant le contenu digestif, s’effectue avec une coordination encore imparfaite durant les premiers mois, créant des épisodes d’hypermotilité suivis de phases de ralentissement.
Rôle des hormones gastro-intestinales : cholécystokinine et gastrine
Deux hormones digestives jouent un rôle prépondérant dans l’activation du réflexe gastro-colique : la cholécystokinine (CCK) et la gastrine. La CCK, sécrétée par les cellules de l’intestin grêle en réponse à la présence de lipides et de protéines, stimule non seulement la contraction de la vésicule biliaire mais également la motilité colique. Des études récentes démontrent que les concentrations de CCK chez les nourrissons peuvent être jusqu’à 30% supérie
ures à celles observées chez l’adulte pour une même quantité de lait. La gastrine, sécrétée par la muqueuse de l’estomac lorsqu’il se remplit, augmente elle aussi la sécrétion acide et la motricité digestive. Chez certains bébés, l’association distension gastrique + pic de CCK + montée de gastrine agit comme un véritable « coup de fouet » sur le côlon : les contractions deviennent plus intenses, plus rapprochées, et le réflexe gastro-colique prend alors une dimension spectaculaire, parfois douloureuse. Cette hyperréactivité hormonale diminue progressivement avec la diversification alimentaire et la maturation des récepteurs intestinaux.
Différence entre réflexe normal et réflexe exagéré
Dans un réflexe gastro-colique normal, vous observez simplement une selle molle ou pâteuse dans l’heure qui suit la tétée, sans pleurs majeurs ni modifications importantes du comportement. Le bébé peut pousser un peu, se tortiller quelques secondes, puis reprendre sa succion ou son sommeil comme si de rien n’était. À l’inverse, un réflexe gastro-colique exagéré s’accompagne de crises de pleurs intenses, de crispations du visage, de jambes repliées sur le ventre et parfois de véritables « explosions » de selles liquides. La fréquence des épisodes est également un bon indicateur : plusieurs crises par jour, à quasiment chaque repas, orientent vers une hyperréactivité plutôt que vers un simple réflexe physiologique.
On peut comparer cela à un feu de circulation : dans une situation normale, le passage à vert déclenche un flux régulier de voitures. Dans le cas d’un réflexe gastro-colique exacerbé, c’est comme si le feu passait brusquement au vert clignotant avec une vague de véhicules qui s’engouffrent à grande vitesse. Le rôle du professionnel de santé sera d’évaluer où se situe votre enfant sur ce continuum, en tenant compte de son état général, de sa prise de poids et de son confort global.
Symptômes cliniques du réflexe gastro-colique exacerbé
Selles explosives pendant ou après la tétée
L’un des signes les plus caractéristiques d’un réflexe gastro-colique amplifié chez le nourrisson est l’apparition de selles dites « explosives ». Concrètement, vous entendez un bruit de décharge très puissant, parfois à travers la pièce, suivi d’un débordement de couche qui remonte dans le dos ou sur les côtés. Ces émissions surviennent souvent en plein milieu de la tétée ou dans les 15 à 20 minutes qui suivent, au moment même où l’estomac vient de se remplir. La texture des selles peut rester normale (jaune, grumeleuse chez le bébé allaité) ou devenir plus liquide, sans que cela traduise forcément une infection.
Ce caractère explosif s’explique par des contractions coliques soudaines et très vigoureuses, qui propulsent rapidement les gaz et les matières fécales vers le rectum. Il n’est pas rare que le bébé manifeste un court instant de crispation, puis semble soulagé juste après l’émission. Lorsque ces selles explosives surviennent plusieurs fois par jour, elles peuvent irriter la peau fragile du siège et entraîner des érythèmes fessiers récurrents, d’où l’importance d’une bonne hygiène locale et de protections de qualité.
Crampes abdominales et pleurs inconsolables post-prandiaux
Au-delà des selles, ce sont surtout les crampes abdominales qui inquiètent les parents. Le schéma typique : un bébé qui tète goulûment, puis, quelques minutes plus tard, se cambre en arrière ou replie brutalement ses jambes sur son ventre. Son visage devient rouge, il serre les poings et pousse des cris aigus, parfois inconsolables malgré le portage, la tétine ou le bercement. Ces épisodes de pleurs post-prandiaux peuvent durer de quelques minutes à plus d’une heure, et se répéter à chaque prise.
Ces manifestations correspondent à des contractions coliques douloureuses, ressenties comme des spasmes. Vous pouvez parfois palper un ventre tendu, ballonné, avec des gargouillis abondants. L’enfant cherche alors instinctivement des positions qui soulagent la pression abdominale : enroulement du tronc, appui sur votre épaule en position verticale, ou au contraire allongement sur le ventre contre vous. Si ces signes persistent, il est utile de les noter (horaire, durée, intensité) pour en parler à votre pédiatre et différencier réflexe gastro-colique exagéré et autres causes de douleurs digestives.
Coliques du nourrisson versus réflexe gastro-colique amplifié
La frontière entre coliques du nourrisson et réflexe gastro-colique amplifié est souvent floue, car de nombreux symptômes se chevauchent. Les coliques se caractérisent classiquement par la « règle de 3 » (plus de 3 heures de pleurs par jour, plus de 3 jours par semaine, depuis plus d’une semaine) et surviennent préférentiellement en fin de journée, sans lien systématique avec les repas. Le réflexe gastro-colique exagéré, lui, est directement synchronisé avec les prises alimentaires : les épisodes débutent pendant le biberon ou peu après, et peuvent se produire aussi bien le matin que le soir.
On pourrait dire que les coliques sont un « orage émotionnel » global, alors que le réflexe gastro-colique amplifié est un « orage digestif » déclenché par le remplissage de l’estomac. Un même bébé peut d’ailleurs cumuler les deux tableaux : pleurs du soir typiques et crampes post-prandiales. La prise en charge reposera alors sur une approche multifactorielle : adaptation de l’alimentation, soutien du rythme de sommeil, environnement apaisant, et parfois interventions complémentaires comme les probiotiques ou l’ostéopathie.
Manifestations cutanées et rougeurs faciales associées
Lors des crises de réflexe gastro-colique exagéré, il n’est pas rare de constater des rougeurs faciales marquées : le visage devient écarlate, surtout au niveau des joues et du front, en lien avec l’effort, les pleurs et l’activation du système parasympathique. Ces rougeurs sont transitoires et disparaissent généralement après l’épisode, sans laisser de trace. Elles ne doivent pas être confondues avec un rash allergique persistant, qui lui s’accompagne de plaques, de démangeaisons ou de gonflements.
Au niveau du siège, en revanche, la répétition de selles acides et explosives favorise l’apparition d’un érythème fessier inflammatoire : la peau est rouge vif, parfois érosive, douloureuse au nettoyage. Cette irritation cutanée devient un facteur d’inconfort supplémentaire et peut entretenir le cercle vicieux des pleurs. Une protection de barrière à base d’oxyde de zinc, un change fréquent et l’exposition de la peau à l’air libre quelques minutes par jour contribuent à limiter les dégâts cutanés en attendant que le réflexe se régule.
Facteurs déclencheurs et aggravants du réflexe
Protéines de lait de vache et allergènes alimentaires maternels
Chez certains nourrissons, le réflexe gastro-colique exagéré peut être le premier signe d’une sensibilité accrue aux protéines de lait de vache ou à d’autres allergènes alimentaires. Quand ces protéines arrivent dans l’intestin encore immature, elles peuvent provoquer une réaction inflammatoire locale, augmentant la perméabilité de la muqueuse et rendant le côlon plus réactif aux stimulations. Vous pouvez alors observer des selles fréquentes, parfois verdâtres ou striées de mucus, associées à des pleurs intenses lors ou après les biberons à base de lait de vache.
Chez le bébé allaité, ce ne sont pas les protéines de lait de vache directement, mais celles ingérées par la mère qui peuvent passer en très petites quantités dans le lait maternel. D’autres aliments consommés par la mère (œufs, oléagineux, soja, blé) peuvent aussi jouer un rôle chez des bébés génétiquement prédisposés. Il ne s’agit pas toujours d’une allergie avérée, mais parfois d’une simple intolérance transitoire qui exacerbe le réflexe gastro-colique et la motricité intestinale.
Débit de lait trop rapide et hyperactivité du réflexe d’éjection
Un autre facteur fréquemment impliqué dans l’hyperactivité du réflexe gastro-colique est le débit de lait. Que le bébé soit allaité au sein ou nourri au biberon, un flux trop rapide remplit très vite l’estomac, augmentant brutalement la distension gastrique et stimulant fortement les récepteurs mécaniques. Chez certaines mères, un réflexe d’éjection du lait très puissant (« REF ») entraîne des giclées de lait que le bébé a du mal à gérer : il avale de gros volumes d’un coup, déglutit de l’air, tousse parfois, puis présente des crampes et des selles explosives.
Avec le biberon, des tétines à débit trop élevé produisent un effet similaire : le nourrisson a peu d’efforts à fournir, mais son estomac se remplit à grande vitesse. En pratique, si vous remarquez que votre bébé boit son biberon en moins de 5 minutes, s’étouffe ou lâche souvent la tétine, ou encore si le lait coule en filet continu lorsque vous retournez le biberon, il est probable que le débit soit inadapté. Réduire ce débit est souvent une mesure simple et efficace pour atténuer le réflexe gastro-colique exagéré.
Dysbiose intestinale et déséquilibre du microbiote néonatal
Le microbiote intestinal du nourrisson, encore en construction durant les premiers mois de vie, joue un rôle central dans la régulation de la motricité et de l’inflammation locales. Une situation de dysbiose (déséquilibre entre « bonnes » et « mauvaises » bactéries) peut favoriser la production accrue de gaz, de substances irritantes et de médiateurs inflammatoires qui sensibilisent le côlon. Résultat : à chaque repas, le réflexe gastro-colique se déclenche de manière plus intense, avec davantage de crampes, de ballonnements et de selles explosives.
Plusieurs facteurs peuvent influencer cette flore : naissance par césarienne, antibiotiques reçus par la mère ou le bébé, absence d’allaitement maternel, mais aussi exposition environnementale. Heureusement, le microbiote reste hautement modulable à cet âge. Dans de nombreux cas, un accompagnement nutritionnel adapté et, lorsque c’est pertinent, l’introduction de probiotiques ciblés contribuent à rééquilibrer cette flore et à diminuer l’intensité du réflexe au fil des semaines.
Impact du stress maternel sur la composition du lait
On sous-estime souvent le lien étroit entre l’état émotionnel de la mère et le confort digestif du bébé. Un stress maternel chronique peut modifier la libération de certaines hormones (cortisol, adrénaline) et influencer indirectement la composition du lait maternel, notamment en acides gras, en cytokines et en facteurs immunitaires. Ces variations, bien que subtiles, peuvent se répercuter sur la motricité intestinale et la sensibilité viscérale du nourrisson, rendant son réflexe gastro-colique plus volatile.
Par ailleurs, le stress modifie la façon dont on nourrit et porte son bébé : tétées plus précipitées, moins de pauses, moins de contact regard à regard, ce qui peut accentuer l’hyperstimulation digestive. Il ne s’agit pas de culpabiliser les parents, mais de rappeler qu’en prendre soin de vous – repos, soutien, écoute – fait aussi partie intégrante du traitement du réflexe gastro-colique exagéré. Un parent plus serein, c’est souvent un bébé qui tolère mieux ses repas.
Techniques d’alimentation adaptées pour atténuer le réflexe
Position verticale biologiquement optimale pour l’allaitement
La position du corps pendant les tétées joue un rôle majeur dans la gestion du réflexe gastro-colique. Une position plus verticale permet au lait de descendre de manière contrôlée et limite la pression immédiate dans l’estomac. Pour l’allaitement au sein, les positions « Biological Nurturing » (BN) ou semi-assises, où la mère est légèrement inclinée en arrière et le bébé ventral contre elle, favorisent une succion plus active du bébé et un flux mieux régulé. La gravité aide alors le nourrisson à gérer lui-même le débit qui lui convient.
Au biberon, tenez votre enfant à environ 45°, la tête bien alignée avec le tronc, afin de faciliter la déglutition et de réduire l’entrée d’air. Cette posture verticale est particulièrement utile chez les bébés sujets aux régurgitations ou au reflux associé au réflexe gastro-colique. Vous constaterez souvent que, dans cette position, les pleurs post-prandiaux diminuent et que les gaz s’évacuent plus facilement par le rot.
Compression mammaire et gestion du réflexe d’éjection fort
En cas de réflexe d’éjection fort chez la mère, quelques ajustements techniques peuvent faire toute la différence. La compression mammaire douce, réalisée en fin de tétée plutôt qu’au début, permet de soutenir un débit constant sans provoquer de « tsunami » de lait au moment où le réflexe se déclenche. Certaines mères trouvent utile d’exprimer manuellement ou au tire-lait le premier jet très puissant avant de mettre bébé au sein, afin qu’il ne reçoive pas d’emblée un volume trop conséquent.
Vous pouvez également allaiter dans des positions où le bébé est au-dessus du sein (position allongée sur le dos avec bébé à plat ventre sur vous), ce qui permet au lait de « remonter » légèrement et réduit la pression ressentie dans la bouche de l’enfant. Ces petites astuces diminuent non seulement les risques d’étouffement et d’aérophagie, mais aussi la stimulation brutale des récepteurs gastriques responsables de l’hyperréponse gastro-colique.
Fractionnement des tétées et pauses régulières
Lorsque l’estomac d’un nourrisson fragile reçoit une grande quantité de lait en peu de temps, le réflexe gastro-colique a tendance à s’emballer. Fractionner les tétées est donc une stratégie très efficace : au lieu d’un biberon pris d’une traite, on propose la même quantité sur une durée plus longue, entrecoupée de pauses régulières pour faire un rot, changer de côté ou simplement laisser le bébé reprendre son souffle. L’objectif est d’éviter cette distension brutale qui agit comme un « coup de cymbale » sur le côlon.
En pratique, vous pouvez retirer le sein ou le biberon toutes les 5 à 10 minutes, selon la vitesse de succion de votre enfant, et attendre quelques secondes que le rythme cardiaque et respiratoire se calment. Observez-le : s’il relâche son corps, ouvre les mains, regarde autour de lui, il est probablement prêt à reprendre. Ce fractionnement n’augmente pas forcément le nombre total de tétées sur 24 heures, mais il en modifie la cinétique, ce qui suffit souvent à apaiser le réflexe gastro-colique.
Utilisation de tétines anti-coliques pour biberons : dr brown’s et tommee tippee
Pour les bébés nourris au biberon, le choix de la tétine et du système de ventilation interne peut grandement influencer l’intensité du réflexe gastro-colique. Des marques comme Dr Brown's ou Tommee Tippee proposent des biberons anti-coliques dotés de valves spéciales qui limitent l’entrée d’air et maintiennent un flux plus constant. Moins d’air avalé, c’est moins de gaz intestinaux et donc moins de ballonnements qui viennent amplifier les contractions coliques.
Veillez également à choisir une tétine avec un débit adapté à l’âge et au comportement de succion de votre bébé. Un débit « 0 » ou « 1 » sera préférable pour un nourrisson qui a tendance à engloutir son biberon, quitte à prolonger un peu la durée du repas. N’hésitez pas à faire des essais contrôlés : si, en changeant de tétine ou de modèle de biberon, vous observez une diminution des selles explosives et des crampes post-prandiales, vous aurez identifié un levier d’action simple mais précieux.
Interventions diététiques pour la mère allaitante
Régime d’éviction des protéines de lait de vache type APLV
Lorsque l’on suspecte une participation des protéines de lait de vache dans l’hyperactivité du réflexe gastro-colique chez un bébé allaité, un test d’éviction ciblé peut être envisagé. Il s’agit pour la mère de supprimer pendant 2 à 4 semaines tous les produits contenant du lait de vache (lait, yaourts, fromages, beurre, crème, préparations industrielles en contenant), tout en veillant à maintenir un apport suffisant en calcium via d’autres sources (eaux riches en calcium, fruits à coque, compléments si besoin). Si, au cours de cette période, les selles explosives, les crampes et les pleurs post-prandiaux diminuent nettement, cela renforce l’hypothèse d’une sensibilité aux PLV.
Ce type de démarche doit toujours se faire avec l’accompagnement d’un professionnel de santé (pédiatre, médecin, diététicien) pour éviter les carences maternelles et ne pas prolonger inutilement un régime restrictif. En cas d’allergie avérée, l’éviction pourra être poursuivie plus longtemps, mais il sera parfois nécessaire d’adapter également la diversification alimentaire de l’enfant. Dans les autres cas, une réintroduction progressive et contrôlée des produits laitiers chez la mère permettra de vérifier la tolérance du bébé et d’ajuster la conduite à tenir.
Élimination des aliments histamino-libérateurs
Certains bébés semblent particulièrement sensibles aux aliments dits histamino-libérateurs consommés par leur mère : chocolats, fraises, tomates, agrumes, charcuteries, fromages fermentés, alcool, etc. Ces aliments favorisent la libération d’histamine, une molécule impliquée dans les réactions inflammatoires et la perméabilité intestinale, ce qui peut accentuer la réactivité du côlon et le réflexe gastro-colique. Chez un nourrisson très symptomatique, il peut être pertinent de tester, sur une courte période, une diminution de ces aliments dans le régime maternel.
Là encore, l’objectif n’est pas de bannir durablement de larges catégories d’aliments, mais de mieux comprendre les déclencheurs individuels. Vous pouvez tenir un journal alimentaire maternel associé à un relevé des symptômes de bébé : jours de forte agitation, nombre de selles, présence de gaz douloureux. Ce suivi permet souvent de repérer des corrélations (par exemple, crises plus marquées les lendemains de repas très riches en fromage ou en tomate) et d’adapter l’alimentation de manière fine, sans tomber dans une restriction excessive.
Probiotiques maternels : lactobacillus reuteri et bifidobacterium
La prise de probiotiques par la mère allaitante est une piste de plus en plus étudiée pour soutenir le microbiote de la dyade mère–enfant. Des souches comme Lactobacillus reuteri ou certaines Bifidobacterium peuvent moduler la flore intestinale maternelle, influencer la composition immunitaire du lait (IgA, cytokines) et, indirectement, favoriser un microbiote plus équilibré chez le bébé. Même si tous les mécanismes ne sont pas encore élucidés, plusieurs études suggèrent une atténuation des coliques et des pleurs lorsque ces souches sont utilisées de façon encadrée.
Pour la mère, ces probiotiques sont généralement bien tolérés et peuvent s’inscrire dans une stratégie globale de soutien : alimentation diversifiée riche en fibres, gestion du stress, hydratation suffisante. Avant de commencer une supplémentation, discutez-en avec votre professionnel de santé, qui vous orientera vers des produits de qualité, adaptés à la grossesse et à l’allaitement, et vous expliquera la durée optimale de la cure.
Traitements complémentaires et suivi médical spécialisé
Ostéopathie pédiatrique et libération des tensions crâniennes
L’ostéopathie pédiatrique propose une approche manuelle douce visant à repérer et à libérer les tensions mécaniques accumulées lors de la grossesse ou de l’accouchement, notamment au niveau du crâne, du diaphragme et du bassin. L’idée est qu’un diaphragme tendu, une cage thoracique peu mobile ou une zone de compression au niveau du nerf vague puissent perturber la régulation du système digestif et amplifier le réflexe gastro-colique. Par des mobilisations très fines, quasi imperceptibles, l’ostéopathe cherche à redonner de la souplesse aux tissus et à améliorer la mobilité globale de bébé.
De nombreux parents rapportent une amélioration du confort digestif, une diminution des pleurs et un sommeil plus apaisé après une à trois séances, même si les preuves scientifiques restent encore limitées. Il est essentiel de consulter un praticien spécifiquement formé à la pédiatrie, et de le faire en complément du suivi médical habituel, jamais à sa place. En cas de symptômes d’alerte (fièvre, stagnation pondérale, vomissements bilieux), l’ostéopathie ne doit pas être la première étape mais éventuellement un soutien après bilan médical.
Probiotiques spécifiques pour nourrissons : BioGaia et lactibiane
Chez le nourrisson, certains probiotiques ont montré un intérêt particulier dans la réduction des pleurs, des coliques et de l’hyperactivité digestive. Des produits comme BioGaia (contenant Lactobacillus reuteri DSM 17938) ou certaines gammes Lactibiane bébé apportent des souches documentées pour leur sécurité et leur effet potentiel sur la motricité intestinale et la perception de la douleur. Administrés quotidiennement sous forme de gouttes, ils contribuent à enrichir le microbiote en bactéries bénéfiques et à calmer progressivement le terrain inflammatoire.
Les effets ne sont pas immédiats : il faut en général compter au moins 10 à 14 jours avant d’observer une amélioration significative. Tous les bébés ne répondent pas de la même manière, mais ces probiotiques présentent un profil de tolérance intéressant lorsqu’ils sont prescrits par un professionnel de santé. Ils s’intègrent dans une prise en charge globale associant adaptation de l’alimentation, techniques de portage, massages du ventre et accompagnement parental.
Consultation avec un gastro-pédiatre en cas de persistance
Lorsque malgré les mesures de base (ajustement du débit, changement de lait si nécessaire, soutien du microbiote, ostéopathie) le réflexe gastro-colique exagéré reste très invalidant, une consultation spécialisée auprès d’un gastro-pédiatre peut s’avérer utile. Ce spécialiste évaluera la situation de manière plus approfondie : antécédents familiaux d’allergies, courbe de poids, fréquence et aspect des selles, association éventuelle avec un reflux gastro-œsophagien ou une autre pathologie digestive.
Dans de rares cas, des examens complémentaires peuvent être proposés : analyses de selles, test d’éviction–réintroduction encadré, échographie abdominale, voire bilan allergologique. L’objectif n’est pas de médicaliser à outrance une situation souvent fonctionnelle et transitoire, mais de ne pas passer à côté d’une affection organique (allergie sévère, maladie cœliaque débutante, intolérance au lactose secondaire, etc.) nécessitant une prise en charge spécifique.
Signes d’alerte nécessitant une prise en charge urgente
Même si le réflexe gastro-colique exagéré est le plus souvent bénin, certains signes doivent vous conduire à consulter en urgence sans attendre l’amélioration spontanée. Parmi eux : des vomissements vert fluo (bilieux), des selles noires goudronneuses ou au contraire contenant du sang rouge vif, une fièvre supérieure à 38 °C associée à un état général altéré (bébé mou, difficile à réveiller), un ventre très distendu et douloureux au moindre toucher, ou encore un refus total de s’alimenter sur plusieurs heures.
Une perte de poids, une cassure nette de la courbe de croissance, une déshydratation (fontanelle creusée, lèvres sèches, couches peu mouillées) sont également des signaux d’alarme. Dans ces situations, on ne parle plus uniquement de réflexe gastro-colique mais de possible pathologie sous-jacente (infection digestive, invagination intestinale, obstruction, allergie sévère) qui nécessite une évaluation rapide aux urgences pédiatriques. En cas de doute, il vaut toujours mieux consulter : vous repartirez parfois rassurés, mais vous aurez la certitude d’offrir à votre bébé la surveillance médicale dont il a besoin.